Thursday, September 12, 2013

Transmission: the punch in the face in Lyon

A petition for the Palais de Tokyo? For real? My friends as well as readers I don't know have told me I wasn't clear. I'm sure they're right.
I've just been on the web site of the Biennale de Lyon and realized that ambiguity in discourses is maybe too risky nowadays in art. The smoke screen strategy might not be an good idea anymore.
For example when Thierry Raspail, director of the Biennale, choses a Roe Ethridge photo (below left) to open the site and as the main poster for the event, is he questioning the relationship between art and advertising? Is he taking a critical position?
I will be quoting the online interview, which of course isn't one... It must be the intern again who had a brilliant idea: "What if we did the press release as if it were the interview of the director, it would make it more fun for the reader, more dynamic..."
"Biennales de Lyon – the rules of the game.
Since the first Biennale in 1991, I have invited my guest curators to think in terms of a key word. The word remains the same for three successive Biennales and is always a common word with topical connections and a fairly vague semantic range, a word capable both of artistic and societal interpretations. The first word, in 1991, was History. Then in 1997 it was Global, followed by Temporality in 2003 and, from 2009 to 2013, Transmission. Biennales de Lyon – the rules of the game"

Then the translator cannot be bothered to finish the sentence, so I'll do it myself. "Each of the curators works with their interpretation of the term according to their sensitivity."

Thus the image of this public school young man with a black eye? What would have changed if other words from the press release had been chosen? Like "successive, vague, societal, sensitivity"?

"As an matter of fact, art today is doing nothing else but telling stories, with new forms of narratives which we too often tend to reduce to styles, but this is much more than this..."

The translator had also "censored/avoided" this last sentence. I sort of guess why in a way... Who is this we he's taking about? We black people? No, of course not, Thierry Raspail is not black. We, the people who tend to reduce art to styles.
At this point I start to wonder if there were two false interviews, as the English version develops "the sacred marriage of European structuralism and American academic textuality", whereas on the French version, you can read:

"On the other hand, it has been forgotten that artists too tell stories: it can be the account of the news, fictions, biographies, diaries, tragic or happy stories... These are new narratives, painted, sculpted or a combination of both, with or without screen, with or without text, that the 2013 Biennale is showing."



I'm confused. Is this a form of humour based on ambivalence or the grey areas within logic? Is this a satire? Is Thierry Raspail playing with a pretend advertising discourse? Is he questioning the virus of marketing rhetoric? Does he use the re-appropriation of speech acts in order to criticize them? Does he imply that the art audience is being told fibs? Is the message to wake up? Is Thierry Raspail cynical? Does he manipulate linguistic codes to make the audience realize how art theory in France has been turned into a gigantic press release? Once again, the next sentence has been deleted from the English version...

"Narratives have literally swamped our environment. Internet and social networks have played a major role in this phenomenon as well as politics, science and poetry. It's now artists' turn to take the floor. The little Prince said: "tell me a story" and the poet drew it."

The Little Prince!! Please! Like Glamour's journalist on Loris Gréaud... Is this a joke?
In my last newsletter about Gréaud, I had also quoted articles from Citizen K, Le Bonbon (a free style magazine), Le Figaro Madame or Rue 89, hoping to give a hint about the satire... here I found the popular ex canal + TV presenter Denisot in Vanity Fair France:

« Stories are Vanity Fair stars and that's exactly what we offer you. »


(click here for references on the image on the left, here for the image on the right) 

Ah well... Is this punch in the face of the private school boy as a symbol of transmission, in the series "History, Global and Temporality" a reference to the recent outburst of gay bashing in France, the ongoing violence against women?
By the way, the subtitle is "In between... suddenly and then". Interesting, isn't it?
Otherwise, there's a sort of "4Homes" trailer on the exhibition's set up and a competition: "Write your own history of art in 2013 words and the best three will be published in Télérama!" (which is the equivalent of Radio Times) and lots of emerging artists.

Don't forget to sign my petition. Yes it is a performance. I'll tell you all about "The biggest painting show - ever" in the next newsletter.

Le coup de poing de transmission à Lyon

Une pétition pour le palais de Tokyo ? En vrai ? Mes amis, et même des lecteurs que je ne connais pas me reprochent mon manque de clarté. Ils ont certainement raison. 
Récemment, c’est en parcourant le site de la Biennale de Lyon, que je me suis rendu compte que l’ambiguïté des discours était peut-être trop risquée aujourd’hui en art… Brouiller les pistes, ça n’est peut-être plus une bonne idée. 
 Par exemple, lorsque Thierry Raspail, le directeur de la Biennale choisit la photo de Roe Ethridge (ci-dessous à gauche) pour ouvrir le site, cherche-t-il à questionner les rapports de l’art avec la publicité ? Est-ce une prise de position critique? Il s'explique dans une interview. Enfin, bien sûr, ce n'en est pas une. C'est encore un stagiaire qui a eu une bonne idée. « Et si pour le dossier de presse, on faisait comme si c'était une interview? Oh ouais, super, ça va faire plus vivant... » 

 
« Thierry Raspail, quelle est la règle du jeu de cette 12e édition de la Biennale d’Art Contemporain ?
- Depuis la création de la Biennale en 1991, j’ai choisi de lier trois éditions successives à un mot. Après avoir été co-commissaire des trois premières Biennales autour du mot Histoire, j’ai choisi pour les trois suivantes d’inviter trois commissaires successifs autour du mot Global. Puis, il y en a eu trois autour du mot Temporalité, et c’est avec le mot Transmission que nous achevons en 2013 ce quatrième cycle. Chacun des commissaires invités interprète le terme selon sa sensibilité. »
 

D’où cette image d’un jeune homme bcbg avec un œil au beurre noir ? Et pourquoi pas successif, invité, ou sensibilité comme mots ? Ça changerait quoi ? 

« En effet, l’art d’aujourd’hui ne fait rien d’autre que raconter le monde, et il le fait avec de nouvelles formes de récits que trop souvent nous réduisons à des styles, mais c’est bien plus que cela…. »
Euh… Ce nous, c’est qui ? Nous les noirs ? Ah non, zut, Monsieur Raspail n’est pas noir, et moi non plus. C’est le nous des réducteurs au style. Ah ben merci. Là, je fais une petit check sur les pages en Anglais. Cette dernière phrase par exemple n'y est pas... Et en français, rien sur "the sacred marriage of European structuralism and American academic textuality" le mariage sacré du structuralisme européen et de la textualité académique américaine. Tiens tiens...

« Par ailleurs on a oublié que les artistes, aussi, racontaient des histoires : ça peut-être aussi bien le récit de l’actualité, que des fictions, des biographies, des journaux intimes, des histoires tragiques ou heureuses… Et ce sont ces nouveaux récits, peints, sculptés ou le plus souvent mixtes, avec ou sans écran, avec ou sans texte, que présente la Biennale 2013. »

Je suis perplexe. Est-ce une forme d’humour de l’ambivalence, la stratégie du flou ? Est-ce une satire ? Thierry Raspail joue-t-il avec un faux discours de pub ? Questionne-t-il la rhétorique marketing devenu virus ?  Se réapproprie-t-il une argumentation pour la critiquer ? Veut-il dire qu’on nous raconte des histoires, des bobards au public de l'art ? Le message est-il : réveillez-vous ! ? Thierry Raspail est-il cynique ? Manie-t-il les codes linguistiques pour nous faire comprendre à demi-mot que la théorie en art en France, c'est comme un grand dossier de presse ?

« Aujourd’hui, les récits ont littéralement submergé notre environnement. Internet et les réseaux sociaux en ont été les acteurs majeurs à côté de la politique, de la science et de la poésie. Et c’est maintenant au tour des artistes de prendre la parole e récit, en image et en art. Le Petit Prince a dit : « Raconte-moi une histoire », et le poète l’a dessinée… »

Encore Le Petit Prince! Aïe, aïe... comme la « journaliste » de Glamour sur Loris Gréaud. Est-ce une blague ?
Dans cette précdente newsletter sur Gréaud, j’avais aussi cité des articles de Citizen K, Le Bonbon, Le Figaro Madame ou Rue 89 pour faire comprendre qu'il sagissait d'une satire, là je vous ai trouvé Denisot dans Vanity Fair :

« Les histoires sont les stars de Vanity Fair et nous vous les offrons. »

(lien pour l'image de gauche, lien pour l'image de droite )
Alors… ce coup poing, symbole de la transmission dans la série Histoire, Global, Temporalité, c’est une référence aux violences contre les homosexuels ou celle faite aux femmes ?
Ah, et puis, j'ai oublié de vous dire, le sous titre c'est « Entre-temps... brusquement, et ensuite ». Ç a fait réfléchir quand même. Sinon, il y a un petit film genre trailer pour « La maison france 5 » sur le montage des expos, un concours : « Écrivez « votre » histoire de l’art en 2013 signes, Les trois meilleures nouvelles seront publiées dans le magazine Télérama » et beaucoup d'artistes qui émergent.

N'oubliez pas de signer ma pétition… C’est une performance. Dans la prochaine newsletter, j’explique tout sur « La plus grande exposition de peinture de tous les temps ».

Friday, July 12, 2013

Loris Gréaud : une critique de l'institution au plus haut niveau

Loris Gréaud : une critique de l'institution au plus haut niveau


OK, c'est les vacances, mais là, il faut prendre le temps de la réflexion.

Si Loris Gréaud était trop jeune pour suivre en direct la chute de l’Union Soviétique et pour se souvenir des images des monumentales statues de dirigeants qui tombent, il a sûrement vu les films de l'artiste lithuanien Deimantas Narkevicius. Plus récemment, il n’a pas pu échapper au déboulonnage de l’effigie de Saddam Hussein. Car c'est bien à ce dernier que j’ai pensé sous la Pyramide du Louvre où l'artiste montre une de ses récentes commandes .

Les images prégnantes du pouvoir qui s’écroule -et pas seulement en Irak- sont présentes en creux dans cette œuvre où la notion même d’absence est sculptée dans un matériau dense. C’est aussi les images des corps morts musulmans prêts à être enterrés qui viennent à l’esprit, ceux des photos publiées par dizaines depuis le conflit syrien… Et puis on pense à Cristo et à une silhouette humaine. En fait il s’agit d’un emballage/reconstitution de « l’Esclave rebelle » de Michel-Ange, sorte d’icône gay au titre à forte charge politique de Michel-Ange.

Si les références des images de massacre et de représentation du pouvoir dictatorial sont là sans y être, l’esthétique de Gréaud est très classique. C’est presqu’un Rodin sous bâche qui promet aux visiteurs du Louvre une inauguration prochaine. C’est donc plus la symbolique de la statuaire d’Etat qui est reprise ici, dans une sorte de nostalgie conformiste du dix-neuvième siècle. Ce trompe-l’œil anachronique ne cache pas longtemps qu’il n’y a rien sous cette coquille monumentale, exprimant par là le vide artistique de la commande artistique contemporaine. Ce n’est d’ailleurs pas sans humour qu’il confie à Jean-Max Colard dans Les Inrocks vouloir « étirer au maximum ce désir de voir le drap soulevé » tant il est clair que ce n’est pas prévu dans le dispositif. Cette mise en scène d’une  inquiétante vacuité se révèle donc une critique retenue mais corrosive de l’institution et de son histoire, tout autant que des attentes bourgeoises et ludiques du public.

Cette pièce est à mettre en parallèle avec celle que le Centre Pompidou lui a commandée en même temps. Dans ce deuxième lieu à fort potentiel de visibilité et hautement symbolique, il investit la notion de prise de risque et celle du « grand saut ». On pense bien sûr à la photo de Klein, à l’anecdote de Paul McCarthy qui reprend l’idée de la performance et qui se blesse. On pense aux chutes poétiques de Bas Jan Ader et à certaines performances de Chris Burden, ou  peut-être à cette photos de Sarah Charlesworth's photo « Unidentified Woman, Genesse Hotel ». En fait, Gréaud choisit de montrer ici un saut de métier, une action dédramatisée. Le risque est absolument maîtrisé et interprété par des professionnels, pour qui l’exercice semble ridiculement facile. Car ce ne sont pas des artistes du cirque qu’il a invité à Beaubourg, ni des pompiers, mais des cascadeurs qui atterrissent sur un très gros coussin.
Si on n’est pas spécialiste d’art contemporain, on pense aux stages de sauts en élastique pour la confiance en soi ou à ces pratiques pour le fun. En revanche, on ne pense pas aux images du 11Septembre, car comme l'artiste l’affirme, (toujours dans Les inrocks) : « Cette sculpture et cette manière complètement neutre de tomber (…) désamorcent toute relation aux tours du 11 septembre. » Il s'agit ici bien-sûr d'humour. Un humour grinçant qui confirme cette volonté de l’artiste de ne pas donner son avis sur les conflits politiques de son temps, tout en leur faisant référence implicitement. Un peu plus loin, il donne les clés de son cynisme très particulier « c’est plutôt une machine et dans ce sens, c’est anti-spectaculaire. » La formule est ouvertement moqueuse. Qui pourrait se laisser berner par le faux spectacle d'une machine ? Le spectateur serait-il aussi crédule que l’institution ? Peut-être que la réponse est dans le titre, ce « I », qui entre crochets à la Worlford, veut dire « je » en anglais ou « un » en chiffre romain.
« Loris Gréaud nous positionne ainsi dans le questionnement » peut-on lire dans France Fine Art. « Qui fait oeuvre, le mouvement celui du geste de l'infini, le créateur artiste ou ces hommes qui la pratiquent, la gravitent et se jettent dans le vide ? Loris gréaud nous prouve qu'elle est le tout ». Dans Le Bonbon, Loris Gréau est « ce qui se fait de mieux en termes d'art contemporain ».

« Quant à la critique des oeuvres, elle appartient aux critiques d'art » répond-il en interview. C'est donc plutôt dans une presse mode qu'on retrouve l'artiste. Celui que Marie Salomé Peyronnel nomme dans Glamour « le petit prince de l'art contemporain », que Citizen K décrit comme « un animateur dans l’âme » pour qui « quand on nomme un chose, elle disparait », et à qui « cette double exposition permet de nous faire partager ses rêves » comme le titre Le Figaro Madame, propose ici une critique acerbe et aiguisée du vide politique de l’art français.

Si, comme l’affirme Aude de Bourbon Parme dans Rue 89, son exposition au Palais de Tokyo en 2008 avait révelé que l’ambition était encore mal perçue en France, il met aujourd'hui en exergue les fausses promesses des instances artistiques tout en dénonçant la professionnalisation des artistes, remplacés par des cascadeurs aux prises de risque minimes. Une puissante leçon de critique institutionnelle.




(articles sur le projet sur un tumblr special presse)

images (cliquez sur les images pour les voir en plus grand)
1.Loris Gréaud, (1) Louvre, 2013
2. Statut of liberty opening French Consulat, NY
3. Sculpture for the French village Althen-des-paluds, by Marcella Kratz, 2005 '
4. Deimantas Narkevicius, still from “Once in the 20th Century” BetaCam, 7 min, 2004.
5. “The Rebel Slave” michaelangelo
6.Houla (Syrie), le 26 mai 2012. (SHAAM NEWS NETWORK / AFP)
7 & 9. Loris Gréaud, (I)Centre George Pompidou
8. "9/11" photo by Jose Jimenez/Primera Hora/Getty Images
9.Yves Klein, le saut dans le vide. 1960. Photomontage
10. Bas Jan Ader, still from "Fall II",  Amsterdam, 16mm, 19 sec
11. Bas Jan Ader, still from Fall I, Los Angeles, Bas Jan Ader, 16mm, duration: 24 sec
12.Sarah Charlesworth's photo « Unidentified Woman, Genesse Hotel »
13. logo Wolford
14. Logo Loris Gréaud

Loris Gréaud: French institutional critique at the highest level

Loris Gréaud: French institutional critique at the highest level.


I know, it's summer... But if you happen to be visiting paris, you shouldn't miss these extraordinary and powerfull pieces.

If Loris Gréaud was too young to witness the fall of the Soviet Union and that of its leaders' monumental statues, he may have seen Lithuanian artist Deimantas Narkevicus’ films. More recently, he couldn’t have avoided the debunking of Saddam Hussein’s effigy. It’s actually about him that I thought, when I saw Loris Gréaud's new commissioned work for the Louvre Pyramid.



The powerful images of power going down -and not only in Iraq- are very much present in this work where the notion of absence is carved into a apparently dense material. It's also the images of dead Muslims ready to be burried that come to mind, wrapped bodies seen in so many photos from the Syrian conflict. And then maybe some will think about Cristo and about a mysterious human figure under the folds. In fact the work is the reconstruction of the veiled Michel-Angelo's sculpture "The rebel Slave", a sort of gay icon with a very strong political title.
If these images of massacres and dictatorial power are there without being there, Gréaud's aesthetic is deliberately very classical. The piece is like a Rodin waiting to be unveiled in front of the crowd of tourists queuing to get in. It's therefore more the symbol of State statuary that is being openly referred to here, in a sort of nostalgic and conformist imitation of a 19th century piece. But this anachronistic trompe-l’œil doesn't hide for long that there's nothing under the monumental cover, thus expressing the emptiness of contemporary art commissions in France. It's not without humour that the artist tells Jean-Max Colard in the magazine Les Inrocks that he wanted to "stretch to its limit the desire to see the veil taken away", when it's obvious that it’s not meant to happen. This uncanny emptiness is actually a hidden but severe critique of French institutions, and at the same time a cynical comment on the audience's bourgeois and playful expectations.
This piece is to be seen with the second commission he got from the Centre Pompidou. In this highly visible and symbolic space, the artist chose to tackle the notion of risk taking with the "the big jump".
It's Klein's photo that first comes to mind  as well as Paul McCarthy's accident while trying to jump in the void for real... It’s also Bas Jan Ader's poetic falls and other performances by Chris Burden or maybe Sarah Charlesworth's photo "Unidentified Woman, Genesse Hotel" . In fact, here, Gréaud chooses to stage a professional jump, a cold and de-dramatized action. The risk is absolutely controlled and dealt with by trained people; not circus artists or firemen but stunt men and women, for whom a jump of about 13 yards onto a deep mattress seems ridiculously easy.

If you're not in to art, you might be thinking of self-confidence workshops, or just bungee for fun. You are not thinking about people you saw (live on tv) jump from the Twin Towers on fire, since, as the artist puts it: "This sculpture and this completely neutral way of falling  (…) are defusing all possible relation to 9/11. " His sense of humour isas dark and cynical as his work. Political conflicts of his time are implicitly referred to but he refuses to take position. It's a bit further down in the article that he gives more clues about his cold and cool attitude: "It's more a machine and in this sense, it's anti-spectacular. " In a way, who would be stupid enough to be tricked by the false spectacle of a machine? Could the audience be as dumb as the institution? Maybe the answer is to be found in the title, this "I" between brackets, designed a bit like the Worlford's logo. Me, or the "one" of roman numerals.
 As a journalist has it in France Fine Art: "Loris Gréaud puts us in the position of being questioned. Who makes the piece, the movement of the gesture of infinity, the artistic creator or these men who practice it, gravitate it and throw themselves in the void. Loris Gréaud proves us that the piece is everything." I swear I'm just translating. In Bonbon, he is described as "what’s best in terms of contemporary art in France today." In another article he claims that "the critique of the work belongs to art critics." It's without surprise that you'll find him more in music and fashion press that you can read about him. Marie Salomé Peyronnel in Glamour calls him "the little prince of contemporary art". In Citizen K, he is described as "a natural master of ceremony" for whom "when you name something, it disappears". Strange and personal take on language... but with "this double exhibition allows the artists to share his dreams with us" states Le Figaro Madame. It is therefore a very sharp and cutting critique of the current void in the French art see that Gréaud is staging here.
If, like Aude de Bourbon Parme has it in Rue 89, his solo exhibition at the Palais de Tokyo in 2008 revealed that ambition is still very badly perceived in France, he's making a strong statement today about the false promises of the official art world. At the same time, he blows the whistle on the over-professionalization of artists, replaced by minimum risk taking stuntmen and women. A strong lesson in institutional critique.


(articles on the projet can be found on a special press tumblr )

(I do apologize for my English mistakes)

images (click on images to enlarge them)
1.Loris Gréaud, (1) Louvre, 2013
2. Statut of liberty opening French Consulat, NY
3. Sculpture for the French village Althen-des-paluds, by Marcella Kratz, 2005 '
4. Deimantas Narkevicius, still from “Once in the 20th Century” BetaCam, 7 min, 2004.
5. “The Rebel Slave” michaelangelo
6.Houla (Syrie), le 26 mai 2012. (SHAAM NEWS NETWORK / AFP)
7 & 9. Loris Gréaud, (I)Centre George Pompidou
8. "9/11" photo by Jose Jimenez/Primera Hora/Getty Images
9.Yves Klein, le saut dans le vide. 1960. Photomontage
10. Bas Jan Ader, still from "Fall II",  Amsterdam, 16mm, 19 sec
11. Bas Jan Ader, still from Fall I, Los Angeles, Bas Jan Ader, 16mm, duration: 24 sec
12.Sarah Charlesworth's photo « Unidentified Woman, Genesse Hotel »
13. logo Wolford
14. Logo Loris Gréaud

Sunday, June 9, 2013

THE BRAND CONCEPT ( newsletter # 17, JUNE 2013)

THE BRAND CONCEPT :

First, I must sincerely thank the CNAP jury for awarding me with a research grant to develop what has been sketched in these newsletters.
I’m particularly grateful, since, if I hid the name of the artist in “missing the point”, I didn’t hide their name.

After the thanks a mea culpa:
As I was checking the strict application of my method in this series of newsletters: only art mediation texts and nothing about the actual works or artists, I realized that, with Benoît Maire, I actually failed to follow it.
I should therefore come back to Lyotard’s notion of “différend”, which he uses in a series of work called “Esthétique des Différends”. I understood it to be a very practical approach to the contemporary unsolvable political and social “double bind”. A mother excising her daughter is acting for her own good. A group of men who try and kill a nine year old girl, who wants to study, are acting for the good of their community, the Ouma. How can we, Westerners judge them, since we do not have the same law? But I’m sure you know about the dilemma. When it’s happening far, it’s far. When it’s happening near you, it gets more complicated. Don’t we accept that our neighbours veil their women and ask them to lower their eyes, on the grounds that we do not want to stigmatise a disadvantaged community? In fact, what I suspect we mostly fear, is that men (from this community and other ones…), get annoyed and violent. We do not really fear women getting stigmatised, do we? As that’s what they are already, by wearing the mark of their inferiority. 

I do not recognize this terrifying “double bind”, this acceptation, powerlessness or submission in Benoît Maire’s “Esthétique des Différends”. And that’s quite normal, for it is mine. It’s my anger, my rebellion. It’s my political impotence. I therefore acknowledge that I was wrong on several levels:
Why shouldn’t one use this notion of “différend” in design, in a seductive manner? Why would I refuse the gentleness of this type of production, this subtle Parisian charm? Why do I react violently to this refined and good taste? Why should become loud faced with this discreet, not-loutish and not-vulgar approach of a theoretical notion that I did not invent? Why bring my insubordination here, when I haven’t been asked anything? It’s his work, not mine. If I think about the little girl who was excised or the one nearly killed for wanting to study, it’s that my reading of this notion is too specific. Too personal. Projecting my anger onto something that does not belong to me is maybe as specific as projecting your own good taste onto... something else. Mea culpa.



But now, let’s go somewhere else.
In what follows, the sign X doesn’t have any porn connotation. It’s just a way to hide names. A false/fake unknown.
On its website, linked to X, a famous French Newspaper, X1 presents itself as "An hyphen between brands and cultural actors (…) The agency that cultivates brand." I’m not sure the play on words works as well in English as it does in French… even if it’s not really funny. Their first link is “Culture: the stake of communication" as in what is at stake in communication…The skate is the bet on the poker table. It’s what we can loose or win. So how could culture be what brands could win or loose? Shoudn’t they be talking about their reputation, their corporate image, their taxes, their relationships with their employees, local authorities or their ability to hide degrading practices. Would they be mixing up stake with tool, or means with goal? Misunderstanding as tactics? Strategic confusion?
- I wouldn’t know.

On another communication agency website I found a weird presentation of a weird current group exhibition “X2” by the curator X3.
“The concept of "brands", which controls economy of the market finds its formal manifestation in the creation of all sort of logos, signs and slogans and is taking over our everyday life. Numerous artists take up commercial brand, in order to exploit their plastic power, or raise them as a semaphore of the contemporary world. Simple re-use of an aesthetic? More or less disguised critique of a system?  Strong will to change life? "It’s the viewer who makes the art work,” said Marcel Duchamp. Everyone in turn can thus invest art productions, whereas they are public or private, audience or entrepreneur..."
I will be very careful here. I will not derogate from my rules. I will only add a few more questions.
What does the uahout mean by the economy of the market? Is it the art market, the brands market, or does he actually mean the market economy?
- I don't know.
What does "public or private" stand for here? In French, "public" also means audience, but it’s not clear in the original version if it’s what is meant. Is it "public" as "accessible to all" or "concerning the government"? As for private, it’s even more bizarre… Personal? Intimate? Confidential? Not belonging to the government?
- I wouldn’t know.
A member of the audience, I see who you mean, but entrepreneur, who is it? Is this the person whose enterprise will be to make the work? Is it another word for businessman? Is is the person that maked logos take over our everyday life? Or is it just a rich person? A client maybe? Then why not say collector? Very strange as the space putting on the show defines itself as a gallery, which does whish to sell. As for the “or” in “member of the audience or entrepreneur”, does it refer to an opposition or can you be both...
- I don’t know.
Is it also this “private or public, spectator or entrepreneur” Duchampian viewer, who will deal with the aesthetical re-use of logos? Is it them who assert a strong will to change life? Are they more in charge of this critique of the system or less than the artist? Are we close to what another French artist X4 claims he’s doing on his website: “The artist stages contemporaries ideologies, (…) taking viewers to realize by themselves the absurdity of their own action”.


I won't go into the rules of the "concept" of brand in economy of the market! Oups, I placed the inverted commas around concept instead of brand.  I must stop now. This is way too slippery… and forgive my English mistakes...







LE CONCEPT DE MARQUE (newsletter #17, Juin 2013)

LE CONCEPT DE MARQUE :

Je dois d’abord remercier très sincèrement le jury du CNAP qui vient de m’accorder une bourse de recherche, pour développer ce qui est en train de s’ébaucher dans ces newsletters. Je suis particulièrement touchée que cette institution me permette de réfléchir sur ce phénomène. Alors que j'avais masqué le nom de l'artiste de « missing the point », je n'avais pas changé le leur.

Après les remerciements, un méa culpa:
J'ai failli dans l'application de ma méthode - ne parler que des textes et non des œuvres ou des artistes. Avec Benoît Maire, j’ai fait un amalgame.
Je reviens donc sur le différend de Lyotard auquel il fait référence dans sa série « Esthétique des Différends ». J''ai compris cette notion comme une approche très pratique d'un « double bind » très contemporain. Une femme fait exciser sa fille pour son bien, des hommes veulent tuer une autre petite fille qui veut étudier, pour le bien de la communauté : Comment les juger si on n’a pas les mêmes critères, les mêmes lois ? Bref, vous savez, « le différend est un conflit qui ne peut pas être tranché équitablement faute d’une règle de jugement applicable aux deux argumentations en présence.»*  Quand c'est loin, c'est loin, quand c'est proche, c'est plus compliqué. On se tait quand nos voisins mettent leurs femmes sous des voiles, en leur demandant de baisser les yeux, parce qu’on a peur de stigmatiser un groupe défavorisé. En fait, on a surtout peur que les mecs s’énervent, (on n'a pas peur de stigmatiser les filles, elles le sont déjà, elles le portent sur elles, le différend), alors on laisse ces dernières prendre le rôle de marqueur d’infériorité…

Ce « double bind », cette situation d’acceptation, ce sentiment de paralysie, d'infirmité, de soumission, je ne le reconnaissais pas dans « Esthétique des Différends » de Benoît Maire. Normal, c’est la mienne. C'est ma révolte. C'est mon impuissance politique. J'ai donc eu tort à plusieurs niveaux dans ce que j'ai écrit précédemment sur lui. En effet, pourquoi n’utiliserait-on pas ce concept dans une esthétique aussi séduisante que la sienne ? Pourquoi refuser la délicatesse de ce type de production, ce charme du très bon goût parisien ? C’est très design, très raffiné. Le style est discret, anti-vulgaire, anti-criard. Pourquoi y imposer mon insubordination alors qu’on ne m’a rien demandé. C’est son travail, pas le mien. Si, je pense à la petite fille excisée ou celle qui ne peut pas apprendre à lire, c’est que j’ai une lecture trop fermée ou trop spécifique du terme de différend. Plaquer sa révolte sur ce qui ne nous appartient pas, c’est peut-être aussi spécifique que plaquer son bon goût. Alors voilà, Méa culpa.



Allez, autre chose...
Dans ce qui suit, les X ne sont pas une référence au porno mais juste une manière de masquer les noms. Un faux inconnu.
Sur son site web lié à un quotidien français X, X1 se présente comme « L’agence culture : Trait d’union original entre les marques et les acteurs culturels. (...) L’agence qui cultive les marques ! » Leur truc, c'est : « La culture, un enjeu de communication ». Un enjeu c’est la mise sur la table de poker, c’est ce qu’on peut perdre ou gagner. Comment la culture pourrait-elle être ce que les entreprises ont à perdre ou gagner en communiquant ? Leur enjeu, n’est-ce pas plutôt leur réputation, leur image de marque, leur défiscalisation, leurs rapports avec leurs employés ou avec les autorités locales, leur capacité à cacher des pratiques dégradantes ? Confondent-ils enjeux avec outils ? Ce quiproquo est-il une tactique ? Pratiquent-ils l’amalgame par stratégie ?
- Ah, je ne sais pas.


Marques, culture, art... Une autre agence de comm et la présentation de l’exposition X2 curaté par X3 :
« Le concept de « marque » qui gouverne l’économie du marché se manifeste formellement dans la création de toutes sortes de logos, d’enseignes et de slogans qui envahissent notre quotidien. Les artistes sont nombreux qui s’accaparent les marques commerciales soit pour en exploiter la force plastique, soit pour les ériger en sémaphores du monde contemporain. Simple récupération esthétique ? Critique plus ou moins déguisée d’un système ? Volonté appuyée de changer la vie ? « C’est le regardeur qui fait l’œuvre », disait Marcel Duchamp. À chacun d’investir à son tour les productions de l’art, que l’on soit privé ou public, spectateur ou entrepreneur.  »
Je fais très attention. Je ne déraperai pas. Je vais juste poser quelques questions – en plus des siennes.
Quand l'auteur parle de l'économie du marché, s'agit-il du marché de l'art, de celui des marques, du marché en général (dans le sens économie de marché) ?
- Je ne sais pas.
Je ne comprends pas très bien ce que représente ce chacun, public ou privé. Public, c'est à entendre dans le sens d’audience ou de non caché ? Et privé, dans le sens de personnel ou de non étatique ?
- Je ne sais pas.
En revanche chacun, en tant que spectateur, dans une expo, je vois.  Mais avec entrepreneur, je suis de nouveau perdue. Entrepreneur duchampien de l’œuvre ? Entrepreneur qui fait que les logos envahissent notre quotidien ? S'agit-il ici de l'acheteur, ou plus simplement d'un riche ? Pourquoi pas collectionneur alors, ou client ? Et ce « ou » de spectateur ou entrepreneur, c’est pour dire qu’on est soit l’un soit l’autre ou c’est une opposition ? Ce regardeur « privé ou public, spectateur ou entrepreneur » qui fait l’œuvre, c’est lui qui façonne la récupération esthétique ?
- Je ne sais pas.
C'est lui qui déguise la critique et l'artiste qui la prononce ? Ou le contraire ? Et le plus ou moins de cette critique du système, ça se partage comment ? Le choix de l'objet de la critique, c'est à chacun en tant que privé ou public ? Qui affirme une volonté appuyée de changer la vie ? Est-ce un peu dans l’esprit de l’artiste  X4 qui « met en scène les idéologies contemporaines (...) menant le spectateur à se rendre compte par lui-même de son absurdité à travers ses propres actions. »

Quant à la question du « concept » de marque qui gouverne l’économie du marché, vous imaginez bien que j'ai de sérieux doutes. Oups, j’ai mis les guillemets à concept plutôt qu'à marque. On est sur un terrain très glissant, là.







Thursday, January 31, 2013

MISSING THE POINT ( text in English)









First, let me apologize for my English. Not for what's above but for what's following...
In what semantic field does this presentation of XX's work include me?
What is at stake politically?
Am I supposed to read this and find it OK?
Would it be more reasonable to shut up?
How do you feel about it? Insulted, not concerned, downhearted? 


Let me warn you. You're going to find me very very cruel here, to dare and say that this artist is actually doing something violent to the reader. Well, it is violent to me, anyway. So that it didn't sound too personal and resentful, I had to change names. XX can think I'll swallow the whole thing, but it would be nasty to mention xx's real name.
It's a bit sad really, as XX is not only supported by French institutions, she is also bringing that boring type of langage into independent and artists' run spaces. It's quite alarming in a way. Or maybe it's just sad. Or... maybe I'm overreacting.
I’d love to be able to write proposals as convincing as XX’s. She’s just been given a grant to spend three months in New York by A BIG FRENCH INSTITUTION. It's on their website, on which you'll find the link to the above text.
It shouldn’t be that difficult really, to copy her style or imitate what she does. Cut and paste... but I can’t. It's too difficult. When I was a kid my parents used to ask me not to sing the national hymn at school, since they didn’t agree with "impure blood", they told me not to say it, not to sing it.
My position and my practice as an artist are very far from XX’s, but somehow, somewhere, "my work also deals with issues of representation". But I just cannot write it. I’d have the feeling I betray someone. Or of being betrayed. Both actually. I’d be ashamed. I am ashamed. I feel stupid-ified, moron-ified, jerk-ified. And that's not what art is supposed to do to you, is it? Unless it's her thing, her art.

- You should maybe go and see someone then.
- Yes, you’re probably right. Doctor, I read and re-read it again: "I’m interested by the meaning of exhibition/exposition (as to strip, to be exposed to external effects) applied to the situation of being an artist" and I just don’t get it. I try to rephrase it but it quickly gets on my nerve because it’s impossible to guess what they intended to express in French… What does the meaning of exhibition/exposition imply? Does it refer to the terminology? Why do they translate exhibition? What exactly is lost in the translation from exposition to exhibition? What’s lacking in the English term that the French has? I don’t know. And to strip? Strip what from what? What is exposed to which effects? External to what? What is internal? Brussels sprouts internal and external effects? And the situation of being an artist? Does it refer to social status, to its political function within the community, to financial struggle or success? It’s really difficult to guess. Is it me, doctor? Do I have a sort of mental block? Am I going too far? Am I just missing the point here?
It’s not clear, is it? Or maybe it’s no true. Are we talking lies here, or just approximation?
STOP/ lies?
Am I supposed to swallow that her "wide range protean practice is process based and deals with issues of display, art institution, representation, originality, archives and documentation relating to her own work, as well as collaborations, invitations, subcontracting other artists or even including their arts works."? Maybe someone who wants to do some research here, or who has recognized XX’s protean work is ready to clarify it for me since I'm totally lost here - and I'd love to go to New York too.
- Let's take if from that bad dream of yours, where were we?
- We 're in New York where "she will pursue her research around forms generated by the notion of exhibition and display"
Do you think I'm being too personal? Malevolent? Do you find it unfair? Are we talking affect here? Am I being malicious? Is it pernicious to wonder what "forms generated by the notion of exhibition and display" are? Can you please help me here? The notion of exhibition generates… euh... the notion of visit? Criticism? Is she talking about plinths or the whiteness of the walls? Well that’s what I know of XX’s work, but it’s maybe wider than that. Let's think big here: it generates context, white cubes, press releases, web communication, the viewer’s point of view, international transport, insurance, sponsoring, documentation, openings,where to have dinner after the opening, shoes you shouldn’t wear, what you can and cannot say to the artist’s friends, kids in art spaces, museum's entrance price, questions related to posthumous work, a curator's fame, the gallerist tasks...

STOP/ what does is actually deal with?
I must admit I'm under the impression we're dealing with a fraud here. But...
- Is it cruel or dishonest to quote such a wobbly logic?
- Is it unkind to claim that this speech is weak or questionable?
- Is it really about me not understanding or am I taking the piss? Am I expressing resentment? Am I the bad one here?
- Is quoting too crude for the sophisticated French art world? Vulgar maybe?
- Can one actually comment on such texts, or should we just not say a word?
- Am I stupid to attack a French institution like THE BIG FRENCH INSTITUTION?

STOP/ What do people say about it?
- Oh, but you’re just jealous!
- Hummm, yes actually, a bit, 7 000€, New York... Envious for sure.
- What’s the point of being in opposition to XX? Why would you define yourself against someone’s weak position?
- Well, I cannot not listen if I’m talked to, can I? And this does give me a position. I can't do as if I didn't know. Or should I?
- Can’t you just take your own stand, without referring to something so negative? She hasn’t done you any harm, has she?
- No, but why should I accept this text? Why is it addressed to me? How am I supposed to react?
- Just don’t pay any attention to it…
- That’s true, that’s always an option, not to pay attention…
- Your newsletter is pure hate speech!
- Is it?
- You can't criticize her openly, it's not nice...
Do you know Kacem El Ghazzali this young Maroccan man, the first one to have said publicly -in his country- that he didn't believe in God. He must have been very courageous as his life is now threatened. Should I censor my disbelief in an artist's words?

- Try to make something good out of it.
- Well maybe I’m just naïve or stupid, but I just can’t repeat what a friend of hers said: "It’s one less person in the competition…" It’s weird, I’ve never thought of other artists competing with me. I always thought the brighter the artists are around me, the better… That must be because of my f...ing evangelical education. It's my problem, I know. It makes me think of the Bible or the Quran. The power and violence of speech acts. It takes me back to the time when my father was opening the Bible, after each dinner, and read from it... Then I couldn't close my ears, and I couldn't leave the house, whereas now of course, I could just no read XX's text... But here you go, I got the virus of text study...

STOP /VERFREMDUNGEFFEKT
Let's open the New York Times for a bit of Verfremdungseffekt, of rhythm... where Judith Shulevitz, reviews the "The Outsourced Self" by Arlie Russell Hochschild:
"Evan Katz is a love coach who teaches would-be online daters "How to Write a Profile That Attracts People You Want to Meet." One of his clients is Grace (virtually all names have been changed), a divorced 49-year-old engineer who wants to search for love as methodically as she solves an engineering problem. Katz tells her “to show the real you through real stories." When Grace comes up with a story about learning humility by scrubbing toilets at a Zen monastery, he reels her back in: "That might be a little too out there.” On a mass medium like the Internet, the best "real you" is average, not quirky: "Everyone needs to aim for the middle so they can widen their market," Katz says." Then I surf the net to find something funny for you, and find myself on info-bible.org: "To believe or not believe: in what? " Great init? It's like the other day I was looking for some Lawrence Wiener's work when I saw "A bit of matter and a little bit more." Pure genius, I know, but I also had the feeling it was a adverstising. Oups. I didn't like the feeling at all.
STOP/back to THE BIG FRENCH INSTITUTION
Let's go back to what both texts (XX’s and mine) deal with.
- Can a negative critique be morally acceptable?
- Is there any point in claiming opposition to the official discourse?
- Can one say no? Is it rather vulgar?
- Is it always better to say yes, when you deal with an institution?
- Can there be a dialogue with state-run institutions?
- Is it taboo to question what XX's presentation is performing?
- Hey you, who are you to be so cruel to XX? asks a nice person.
- Well that’s the question, the legitimacy of the nasty artist. May I then rephrase the question, as the play is nearly over?
- Who am I to read this text? I mean the one above. Who am I to be given such a weird speech act?
- Who am I to think that a French state-run National Institution shouldn’t be supporting such a weak discourse on art – and with so many English mistakes?
- Who am I to pinpoint the lack of seriousness in this presentation?
- Who am I to feel totally ridicule and humiliated? Who am I to describe what I feel?
STOP/Who am I to shut up?

OK. There are just a few lines left to convince THE BIG FRENCH INSTITUTION to grant me the 15 000 euros bursary.
I am applying to this grant to develop a research around the recent evolutions of performative speech acts within contemporary art communication. In parrallel to the theoretical research, I am also interested in experimenting how these issues get into my work and how the can be conveyed to an audience.
I've already worked on these ideas, with three pieces: a lecture/performance for Modern art Oxford (God is a Virus, 2011), a text published by the Belgian magazine Gagarin (Everything should be said before on could start talking, 2011) and another one by the French feminist magazine Pétunia (The Monstrosity of the Address, 2012), which all dealt with this issue within religious, advertising and contemporary art communication language. Since 2010, I've also sent about fifteen newsletters like this one through the web and on mails under the title la Fundación de la Rebellion.
The methodology of the research I would like to develop is primarily sociological but also based in linguistic theories as well as feminist and Foucaldian reading of the notion of discourse and strategies of power.
It will focus on what constitutes the particularities of these speech acts, what words and grammar they use, and what concepts they convey. The inherent political questions will include who can talk and say what, when and where and for what purpose. To put it on other words, it will try to identify and analyse what is said and what is at stake, how this specific language performs (in the Austinian sense). I will at the same time try to define what aims such statements pursue, through which structures they operate and how they have an influence on the practice of art. To be able to thoroughly investigate these issues I need time to read, concentrate, attend seminars, meet scholars or artists. (...)

MISSING THE POINT



Dans quel champ sémantique le texte de présentation du travail d'XX place-t-il le lecteur ?
Quelle est la portée politique d’un tel énoncé ?
Est-on censé lire et trouver ça normal ?
Vous vous sentez comment? Insulté ou non-concerné ?

Je vous préviens, vous allez trouver que je suis très très méchante d’oser dire que le texte d’XX est une violence faite au lecteur.
Pour ne pas que ça fasse règlement de comptes, j’ai changé les noms, car on ne critique pas l’institution qui donne les sous-sous et surtout on ne dit pas du mal des gens - nommément. XX peut penser que je goberai, mais je ne peux pas dire qui est XX. Ce serait diffamatoire.
XX n’est pas une star, mais elle est soutenue par des bourses institutionnelles et par des petites structures. Et là, je trouve que ça devient grave. Ou triste, plutôt.
-Mais où va-t-on, comme on peut lire dans les commentaires en ligne du Figaro?
Pourtant j’aimerais pouvoir faire des dossiers aussi convaincants que ceux d’XX à qui une certaine institution française vient de permettre de passer quelques mois à New York. C’est sur leur site, avec un lien qui mène au texte ci-dessus. J’en ai fait des dossiers de demande d’aide à cette certaine institution française. Mais ça n’a jamais marché. Ça ne devrait pas être si difficile pourtant. Je devrais faire pareil. Un copier/coller des premières phrases. M’approprier la technique, le style. Mais je ne peux pas.
Quand j’étais toute petite, mes parents me demandaient de m’abstenir de chanter en classe certains vers de la Marseillaise comme «qu’un sang impur abreuve nos sillons.» Il n’y a pas de sang impur, me disaient-ils, donc tu ne le chantes pas, tu ne le dis pas.

Mes prises de position, mon discours et ma pratique sont radicalement opposés à ce que je connais d’XX mais quelque part aussi «my work deals with issues of representation», mais non, je n’y arrive pas. J’ai l’impression d’une trahison. De trahir et d’être trahie. Les deux. J’ai honte. Je me sens stupidifiée, abêtite, connifée... et ce n’est pas ce que l’art est censé faire... Quoique... Peut-être qu’XX est géniale, et que c’est ça son truc.
-Faut aller voir quelqu’un, là, t’es malade !

-Oui, docteur, ça me rend dingue. J’ai beau lire et relire: «I’m interested by the meaning of exhibition/exposition (as to strip, to be exposed to external effects) applied to the situation of being an artist», je ne comprends pas. Le sens de l’exposition/exhibition ? S’agit-il ici de la signification du mot exposition ? Qu’est ce qui se perd dans la traduction d’exposition en exhibition qu’il faille garder le terme français ? Qu’est ce qu’un anglophone gagne dans la juxtaposition exhibition /exposition ? Est-ce que c’est moi qui ai un blocage, là ? J’exagère, vous trouvez ? Je sais qu’il y a le mauvais anglais qui n’aide pas, mais quand même, là, ce qu’on me dit, c’est: «vu que tu vas de toute façon l’accepter sans broncher, je te donne deux ou trois termes du discours contemporain sur l’art et ça va bien te suffire.»

Arhh, ça me reprend, ça me gratte. Pathos pathos pathos.
Aidez-moi. «To strip, to be exposed to external effects» est-ce que ça veut dire «déshabiller, mettre à nu et être exposé à des effets extérieurs» ? Où est l’intérieur ? Qu’est ce qui est à l’extérieur de quoi ? De quels effets s’agit-il ? Et de quoi sur quoi ?
Et puis il y a «applied to», enfin «into the situation of being an artist». S’agit-il de la position sociale de l’artiste, de sa situation matérielle, de son rôle politique dans la société ? Ce n’est pas clair. Ou alors ce n’est pas vrai.
Mensonges ? Héhé... Peut-on ici parler de mensonges ou s’agit-il seulement d’approximations ?
Et «les questions autour de la monstration, de l’institution d’art, de la représentation, et de l’unicité de l’oeuvre ainsi que de ses propres archives et la documentation de son travail»*, faut aussi que j’avale, là ? Y’en a des notions qui sont convoquées, ici, hein! Peut-être que quelqu’un qui aura reconnu le discours et qui connaît bien la «pratique processuelle» d’XX pourra m’expliquer, car là, je suis perplexe. J’aurais aussi besoin de précisions sur les questions de sous-traitance et d’inclusion d’oeuvres d’artistes dans les siennes. Je voudrais bien savoir. Car moi aussi, je voudrais aller à New York.
-Reprenez donc votre rêve, ou en étiez-vous?
-Là-bas, à New York, docteur, «elle va poursuivre sa recherche autour de formes générées par la notion d’exposition.»* Là, je vous voir venir, vous trouvez ça pas bien, cette critique personnelle. On est dans l’affect ? C’est malveillant ? Je suis méchante de la citer ? Alors aidez-moi: la notion d’exposition engendre... euh... la notion de visite? Celle de critique ? S’il c’était agi de la cimaise, du socle ou de la blancheur des murs, elle aurait peut-être parlé de scénographie. Sauf qu’on ne peut pas vraiment dire que la scénographie soit «engendrée par la notion d’exposition.» Ce serait comme dire que la notion de théâtre engendre la mise en scène, ou le costume, ça fait bizarre, non, comme logique d'engendrement... Ou alors on convoque tout le monde chez le proviseur: c’est le contexte des productions culturelles, le white cube, le dossier de presse, la comm, les coûts de production, le sponsoring, le regard du spectateur, le transport des oeuvres, l’assurance, la documentation, le vernissage, le dîner d’après vernissage, les chaussures qu’il est de bon ton de porter, ce quil faut dire et ne pas dire aux amis de l’artiste, aux attitudes du public dans la galerie, les questions face à une oeuvre posthume, les thèmes, le prix d'entrée des musées, la starification des curateurs...

STOP/ POSONS-NOUS DES QUESTIONS !

J’ai l’impression de me faire arnaquer. Et je suis polie. Mais:
-Est-ce cruel ou malhonnête de ma part de citer cette logique bancale ?
-Est-ce malintentionné de dénoncer une pratique qu’on pense politiquement questionnable ?
-S’agit-il ici d’incompréhension, de moquerie ou de ressentiment de ma part ?
-Suis-je malfaisante de m’attaquer à XX ? Vicieuse ?
-Faut-il s’abstenir de faire des commentaires ? Mais comment fait-on pour rester aussi docile?
-Suis-je débile d’oser demander pourquoi une certaine institution française soutient ce travail ?

STOP/ QU’EN DIT-ON?

-T’es juste jalouse !
-Ben oui, New York, 7 000 euros, je suis jalouse, enfin, envieuse plutôt.
-Mais à quoi ça sert de t’opposer à XX, de te définir contre quelque chose ?
-Ben, on me parle, alors j’écoute… Et ça me positionne. Ça nous positionne tous ça. Comment rester neutre? On fait semblant de ne pas avoir remarqué ?
-C’est du hate speech ta newsletter ! Tu ne peux pas ne pas casser quelqu’un ? Elle t’a rien fait XX !
-Euh, je casse quoi ? Qu’est ce qui est cassé exactement ici ? Qui est cassé ? Elle ? Moi ? Nous ?
C’est certain, cela aurait été plus facile de critiquer les paroles de Depardieu sur la grandeur démocratique de la Russie. Je ne risquais strictement rien. Mais annoncer qu’une présentation d’artiste est un acte politique et qu’on n’est pas d’accord, c’est très atroce. Ah, c’est horrible. Là, tu vas trop loin. C’est personnel et le personnel est politique, et quand c’est trop personnel, eh ben c’est méchant.
-Euhh, c’est pas plutôt trop politique du coup?
-Non, c’est diffamatoire.
-Aïe, alors qu’en fait, il n’y a rien de personnel là-dedans.
-T’as qu’à laisser passer.
-Oui c’est vrai, on peut toujours tout laisser passer. Vous connaissez Kacem El Ghazzali ce jeune marocain qui est le premier à avoir osé dire publiquement qu’il ne croyait pas en Dieu ? C’était pas du hate speech dans son cas mais un sacré courage. Et, dans notre milieu privilégié (enfin, en comparaison) on ne pourrait pas dire qu’on n’y croit pas, au discours d’XX parce qu’elle est soutenue par les institutions et par des structures indépendantes ?
-Pourquoi ne pas chercher ce qu’il y a de positif là-dedans ?
-Là, je suis trop marquée par mon éducation protestante de m.rde. Je ne peux pas dire comme je l’ai entendu d’un de ses proches: «Ça fait de la compétition en moins…» C’est drôle, je n’ai jamais imaginé les artistes comme des compétiteurs. Je n’ai jamais regardé la Star Ac. Je suis trop naïve. J’ai toujours considéré que plus les artistes étaient intéressants autour de moi, mieux c’était. Oui, c’est ça mon problème, ça me fait trop penser à la Bible ou au Coran, ces textes qui me rendent dingue. Le correcteur automatique me propose digne à la place de dingue mais non, c’est bien dingue. Le pouvoir du texte. La violence de l’adresse. Enfin, je parle pour moi. Ça me fait comme quand mon père lisait la Bible le soir, eh oui tous les soirs, pendant que mes petits camarades étaient devant le film de 20h30... Si vous vous repentez de vos péchés et croyez au Seigneur Jésus, vous serez sauvés…
Quand j’étais petite, je ne pouvais pas fermer les oreilles, là, c’est vrai, je pourrais fermer les yeux. Mais non, j'ai la maladie de l'analyse de texte.


STOP /VERFREMDUNGSEFFEKT !

Allons donc sur le New York Times pour un peu deVerfremdungseffekt, un peu de rythme dans le texte.
Evan kartz est un coach amour, qui propose à ceux qui se lancent dans la recherche de partenaires sur les sites de rencontres «comment écrire un profil qui attire les gens qu’ils désireraient rencontrer». Grace - bien sûr les noms sont changés, nous rassure la journaliste - Grace est une de ses clientes, une ingénieure de 49 ans, divorcée, et qui entend chercher l’amour comme elle résout des problèmes d’ingénierie. Katz lui conseille de se montrer comme elle est vraiment à travers des histoires vraies. Sauf que quand Grace raconte comment elle a appris l’humilité en nettoyant les toilettes dans un monastère Zen, il la reprend: «Ça c’est un peu trop barré quand même…» Avec un médium de masse comme l’internet, pour mettre en valeur ce qui est vraiment vous, il est préférable de choisir quelque chose de moyen plutôt qu’excentrique, explique-t-il. Tout le monde prend comme objectif le moyen, c’est pour élargir son marché.

Puis je vais sur info-bible.org, pour vous trouver un truc rigolo, et c’est direct, je trouve ça: «Croire, ne pas croire: en quoi ?» C’est étonnant comme question, non? C’est comme l’autre jour, je suis tombée sur la pièce de Lawrence Wiener bien difficile à traduire dans sa finesse et qui dit: «A bit of matter and a little bit more.» C’est génial, mais ça m’a fait bizarre, comme si c’était une pub. J’ai pas aimé du tout cette sensation.

STOP/ RETOUR AU SCRIPT.

Complétons les questions que ces deux textes soulèvent (celui d’XX et le mien):
-Une critique négative est-elle moralement acceptable ?
-Y a-t-il un intérêt à se prononcer contre le discours officiel ou est-ce forcément suicidaire ?
-Peut-on dire non ?
-Est-ce que ce ne serait pas un peu vulgaire par hasard?
-Faut-il toujours mieux dire oui quand il s’agit d’une certaine institution française ?
-Peut-on dire que le roi est nu ?
-Peut-on envisager un dialogue avec les institutions ?
-Peut-on dire qu’il s’agit d’une position politique ?
-Est-il tabou de dire qu’on ne comprend pas l’adresse d’un texte comme celui cité ci-dessus ?
-Oooooooh! Mais t’es qui toi pour être si méchante avec XX ? demande la gentille personne.
-Ah ben voilà unne bonne question: la légitimité des méchants. C’est vrai ça, qui suis-je moi, pour lire ce texte ? Qui suis-je pour recevoir un énoncé de cet ordre ? Qui suis-je pour penser qu’une institution française de ce niveau ne devrait pas soutenir un discours aussi faible ? Qui suis-je pour le penser et le faire remarquer? Qui suis-je pour oser dire que ce n’est pas sérieux. Qui suis-je pour me sentir ridiculisée et humiliée?

STOP/QUI SUIS-JE, MOI, POUR ME TAIRE?

Bon, il ne reste plus que quelques lignes.
J’espère que ça a été assez performatif quand même.
Respirez. Soufflez. On y va:
Madame, Monsieur,

Je sollicite par la présente l’aide du CNAP pour une recherche théorique autour de l’évolution des formes de performativité du langage de la communication dans le champ de l’art contemporain.
Celle-ci sera essentiellement fondée sur une méthodologie sociologique, tout en privilégiant une lecture foucaldienne et féministe des notions de discours et de stratégies du pouvoir. 

Elle se développera autour de ce qui constitue la spécificité de ces actes d’énonciation et les notions de performativité (Austen). Elle s’appliquera donc à étudier ce qu’en sont la terminologie, la grammaire et les concepts ainsi que leur relations rhizomiques (Deleuze et Guattari) tout en cherchant à montrer comment ces énoncés représentent aussi des gestes, des actions (Citton), plaçant ainsi le lecteur ou le public dans un registre politique. Autrement dit, il s’agira, après avoir identifié et analysé le matériau linguistique, d’examiner ce qui est joué ou (ré)-interprété. On posera aussi la question de la légitimité de prise de parole, du contexte dans lequel ce type de discours opère, du fonctionnement, à qui et à quoi ça sert, ainsi que l'influence que cela a sur les pratiques artistiques.
En parallèle de ce travail de réflexion, il est important pour moi de faire un lien constant avec ma pratique de plasticienne, c’est-à-dire de réfléchir aussi à comment ces questions s’inscrivent dans une discipline, et comment elles passent au public.
J’ai déjà travaillé sur certains aspects de cette problématique à travers une performance/conférence pour le Modern Art Oxford (God is a Virus, 2011), un texte publié par Gagarin (Everything should be said before one starts talking, 2011) et un texte illustré pour le magazine Pétunia (La monstruosité de l’adresse, 2012). Dans ces trois pièces, il s’agit plus particulièrement d’une mise en parallèle des discours religieux, publicitaires et de la communication dans le monde de l’art. Ce ne sont pas des essais mais des formes textuelles et performatives spécifiques. Depuis 2010, j’ai aussi envoyé par les réseaux sociaux et sur courriers électroniques une quinzaine de newsletters comme celle-ci sous le titre de la Fundación de la Rebellion.
Pour mener une étude véritablement sérieuse et approfondie, j’ai surtout besoin de temps disponible pour la lecture, le suivi de certains séminaires ou la rencontre avec des théoriciens ou artistes.
J’espère donc vivement que vous pourrez me soutenir dans cette recherche par la bourse que vous proposez.


* ma traduction



Monday, November 12, 2012

LA RÉGÉNÉRÉSCENCE


J’ai eu récemment un RDV avec une instance supérieure dont je ne peux pas parler.
Ce serait du suicide.
Enfin, je peux juste dire qu’on m’a vivement conseillé de participer à des festivals de performance.
Je comprends l’économie des festivals, mais formellement, j’avoue, ça ne m’intéresse pas plus que ça.
- Et pour les peintures ? Je les montre dans des expositions de peintures à l’huile?
Je suis sortie de mon RDV avec la brochure d’un festival - qui serait pas mal pour quelqu’un comme moi.
En fait, c’est une "rencontre de la performance", ou la rencontre, je ne sais pas. Je relis plusieurs fois parce que ça sonne bizarre. C’est peut-être plutôt l’idée d’une rencontre autour de la performance et pas de la performance…
- Allez à la rencontre de la céramique, ça se dirait ?
- Et pour les vidéos, vous avez une "rencontre de la vidéo" ?

En fait, j’ai mis du temps à lire l’édito de la brochure. Oui, c’est plutôt réservé à la presse d’habitude, mais ici c’est un édito de présentation de programme.
Et voilà : je ne sais pas si je dois être vexée, effarée, triste ou juste accepter et fermer ma gueule.

Phrase 1 de l’édito :
« Par la réaction souvent épidermique qu’elle suscite, la performance pénètre notre âme. »
Eh oui, après le titre bizarre, l’édito, ça continue dans le texte.
La réaction de qui ? D’un public connu, étudié ? Du monde de l’art français, du grand public, des auteurs ? Comment les cosignataires connaissent-elles la réaction (générale) à la performance (en générale) ? Et une réaction épidermique, c’est quoi ? Des boutons? Des frissons ? La chair de poule ?
Je traduis : par cette réaction physique, la performance (en général) pénètre l’âme par l’effet qu’elle produit. Bon, je suis pas prof de français. T’as qu’à voir, je suis capable d’écrire comme ça. Mais qu’à travers une réaction épidermique causée par la performance, mon âme soit pénétrée. Non. Je dis non. C’est pas possible. Déjà, j’ai pas d’âme, alors, de là à ce qu’elle se fasse pénétrer…
Remarque notre âme, c’est peut-elle celles des auteurs, n’engageant donc pas l’inexistence de la mienne.
Si ça ne m’avait pas été recommandé par la haute instance que je ne citerai pas, j’aurais juste jeté la brochure. En plus, il n’y a pas de pages blanches à garder pour brouillons.

Phrase 2 :
« Par le trouble qu’elle provoque, elle nous traverse et saisit le corps, les yeux, l’ouie, l’odorat, tous nos sens… »
Je traduis. Enfin, on n’est pas dans Texte zur Kunst, vous l’aurez compris, mais peut-être qu’en changeant l’ordre des propositions, ça sera plus clair.
Elle nous traverse par le trouble qu’elle provoque?  C’est donc la performance qui nous traverse et cela au moyen d’un trouble, ou grâce à un trouble lui-même provoqué par celle-ci. Vous suivez ? Ce n’est pas le trouble qui nous traverse, sinon ce serait il traverse, non, c’est la performance, et cela par l’effet qu’elle génère. Et en nous traversant, elle saisit le corps, (notre corps j’imagine). Elle traverse et saisit. C’est très particulier comme sensation. Elle saisit le corps, mais seulement, elle saisit les yeux, les oreilles… ah non, pardon, les oreilles, ça ne doit pas sonner comme les yeux, parce qu’on passe des organes aux sens : elle saisit l’ouie. Eh oui. Elle saisit l’ouie. C’est pas beau ça, hein ? Alors forcément, après c’est l’odorat – ben oui, elles n’allaient pas écrire que la performance nous saisit le nez. Le goût, et le toucher ne sont pas mentionnés. La performance nous saisit le toucher, ça devait faire trop bizarre pour le coup. Elle saisit tous nos sens, en revanche, ça passe mieux.
Je commence à être triste et à pousser des soupirs. Franchement, ce n’est vraiment pas sérieux.

Phrase 3 :
« Le fait d’y assister est comme l’acte semblable à celui de se rendre à l’église. »
Là, je fais une moue. Ça me rend pas forcément très belle d’ailleurs. Et je commence à accepter l’évidence d’une certaine solitude.
Jusque-là, c’était très mal écrit, grammaticalement bancal, très culcul mais là… là, ça devient carrément dingue.
Alors… Voir une performance c’est comme un acte, mais ce n’en est pas un, c’est une sorte d’acte qui serait semblable à un déplacement ? Un déplacement signifiant, une habitude religieuse, une contrainte de noël? De quoi me parle-t-on ? C’est peut-être parce que je n’ai pas d’âme et que je ne me suis jamais rendu à l’église, que ça que ça m’échappe. Est-ce la notion de rendez-vous dominical qui est importante ici ? Mais qui va voir des performances comme on va à l’église, tous les dimanches, ou même toutes les semaines ? Ou est-ce plutôt la notion de rituels – catholiques, j’imagine ? Pourquoi alors parler de se rendre à l’église plutôt d’assister à la messe.
- Mais c’est islamophobe !
- Remarque si elles avaient écrit que le fait d’assister à une performance est comme (l’acte semble à) se rendre à la mosquée, ça aurait aussi été islamophobe. C’est compliqué les phobies.
- Et à la synagogue ? Et au temple ? Et à Monop ?


Phrase 4 :
« Dans les deux cas, soit l’on en sort exaspéré ou soit ému, mais toujours régénéré. »
Et là, et bien je craque…
Dans les deux cas ? Quels deux cas ? Vous pouvez relire les trois premières phrases en rouge, on ne parle pas de deux cas. En fait, ça doit annoncer ce qui va suivre, enfin, j’imagine. Construction très spéciale pour pensée très spéciale. Vous comprenez pourquoi j’ai abandonné la traduction anglaise. C’est pas possible de traduire ça, on va croire que les fautes viennent de moi. Déjà que je me grille auprès de l’instance supérieure, je ne vais pas non plus me griller dans le reste du monde.
Et donc… Changement de sujet, ce n’est plus de nous dont il s’agit, enfin, de ce nous qui est peut-être celui des auteurs ou vous et moi, c’est l’on : l’on sort de la performance.
Permettez-moi de virer ce l explétif pour la clarté du propos: On sort de la performance (après que celle-là a traversé le corps et l’odorat) et ça doit être là qu’il y a deux cas : exaspéré ou ému. Ah non, pardon soit exaspéré, ou soit ému.
Malgré cette variété de réactions, tout le monde est régénéré.
Et là… l’on dit soit amen, ou soit on pense à la crème de nuit Décléor, qu’on a trop lu sur sa table de nuit : « Au réveil, la peau est comme régénérée. »

Et si vous pensez que j’ai exagéré en isolant quatre phrases, voici le dernier paragraphe du fameux édito.

Se jeter dans l’ère du néant. Juste se laisser couler, s’abandonner à cette vacuité, se laisser happer par le vide immatériel pour se perdre dans une expérience phénoménologique… La performance ne serait-elle pas à l’initiative d’un mouvement artistique précurseur soit celui d’un art volontairement immatériel qui ne produirait plus d’objets. Brisant le miroir d’une existence conditionnée par la réalité matérielle, la performance plaide en faveur d’une société déchargée et guérie de ses objets naïvement sacralisés dont elle regorge et qui l’étouffent tant. Réaction viscérale, en l’attente de l’aveu d’une vérité, de l’ère de la désacralisation des œuvres d’art, les artistes y expriment leurs propres visions chaotiques du monde. Par cette entrée en matière, la rencontre « » propose de percevoir ce futur apocalyptique à l’aune du présent. D’autant que l’origine hébraïque du mot apocalypse (niglu) induit l’idée d’une mise à nue, d’une révélation et de l’enlèvement du voile…


Je vais adopter la résilience, je crois.



(Désolée pour les artistes qui ont participé à la rencontre et qui ne sont bien sûr pas responsables de cet édito…)